Rina MARUYAMA

 

BIOGRAPHIE

 

Je suis née en 1978 à Yukuhashi, une petite ville provinciale de l’île de Kyusyu au Japon. Dans cette ville, il n’y avait aucune stimulation culturelle ni économique. Elle était pour ainsi dire amorphe pour tout. Au sein de cet univers, j’ai passé une enfance qui était elle-même amorphe. Je n’étais une fille ni mignonne ni laide, ni brillante ni mauvaise en classe. Ma famille n’était ni riche ni pauvre, enfin, tout était banale autour de moi. Surtout en classe, je me sentais inexistante. A la maison, pareil. J’étais une enfant plutôt facile, donc mes parents ne s’intéressaient pas beaucoup à moi. C’est pour cela que parfois je souhaitais crier à tous ces gens : ‟Regardez-moi, j’existe”. Je voulais apparaître dans ce monde mais je ne savais pas comment l’exprimer. Je commençais en cachette à danser, à chanter, en rêvant de devenir quelqu’un. En vain, car je me sentais toujours bonne à rien. La seule occupation pour combler mon cœur désespéré fut le dessin. Je dessinais chaque jour des personnages de manga dans mes cahiers pendant les cours. Cependant, personne ne remarquait ce que je faisais…pour eux, mes dessins comme ma personne n’existaient pas. En dépit de mon mal-être, j’ai terminé mes études de diététicienne et je suis entrée dans le monde du travail. J’ai eu la responsabilité de diriger une équipe de dames beaucoup plus âgées que moi. Avec elles, j’ai épluché des légumes, j’ai fait griller des poissons quotidiennement pendant plus de 10 ans. J’étais assez contente de cette situation mais régulièrement, je me demandais si c’était vraiment cela, ma vie. Finira-t-elle ainsi avec ces dames en épluchant des légumes ?

 

Et le jour de mes 32 ans, vraiment par hasard, je me suis inscrite à des cours de peinture à huile, que je n’avais jamais pratiquée auparavant. Le professeur était un très vieux maître qui enseignait des techniques de peinture vraiment classiques, presque démodées, genre 19ème siècle. Je me sentais très bien avec lui et je m’épanouissais tout au long de mon apprentissage. Je commençais à rêver de réaliser des portraits comme il faisait lui-même. Un jour, j’ai trouvé une vieille photo de mon grand-père lorsqu’il était dans l’armée durant la deuxième guerre mondiale. Sur cette photo, il y avait 18 jeunes soldats qui avaient l’air d’avoir 20 ans tout au plus. Instinctivement, j’ai eu envie de peindre leur portrait individuellement. Je me suis investie avec passion lors de cette expérience. Par le biais de cet exercice personnel, enfin, je me suis sentie exister. Comme par hasard (encore !), l’année 2015 était le 70ème anniversaire de la commémoration de la fin de la IIème Guerre Mondiale, une association d’anciens combattants m’a proposé de les exposer, d’abord localement et par la suite un peu partout au Japon. Mes œuvres furent diffusées dans les médias. Je fus félicitée, interviewée, considérée pour la première fois de ma vie. J’ai réalisé que c’était ainsi que je souhaitais exister. Tel un ouragan, je devais me concentrer totalement à mon art. Je devais échapper à cet univers, échapper à mon passé pour renaitre (re-n’être).

 

Spontanément, mon attention se porta sur la ville de Paris et le musée du Louvre. En Octobre 2016, je m’y suis installée et j’ai demandé l’autorisation au Louvre de copier des tableaux. Je me sentais tellement bien, entourée de chefs-d’œuvre d’une époque et d’artistes qui n’étaient plus, tandis que dehors, les tableaux d’arts contemporains présentés dans les galeries d’art ne me correspondaient pas. Ce n’était pas ainsi que je voulais m’exprimer et me positionner. Cependant, je ne savais pas encore ce que je voulais peindre.

Un jour, j’ai commencé à mesurer mon corps, mes bras, mes jambes et mes pieds. Je me suis même rasé le crâne pour le mesurer (comme Demi Moore dans « A armes égales »). Je les ai reproduits fidèlement sur des toiles de presque 2 m de haut dans mon petit studio de 18m2. Ce fut la preuve de mon existence et cela inspira le nom de ma première exposition en septembre 2018 « Je suis japonaise » qui comprenait 25 tableaux. Dans le cadre d’une Performance, je les ai fait défiler dans les rues de Paris en les faisant porter par des amis. Les gens regardaient mes œuvres, m’adressaient la parole, j’étais heureuse, enfin, j’existais. J’ai eu plus de 200 visiteurs pendant mon exposition, dont des critiques d’art tel que Christian Noobergen.

Forte de ce succès, je me suis mise à créer une deuxième série de tableaux à grand-format « Femmes enceintes » et un tableau de 10m. J’ai loué un atelier avec d’autres artistes durant un an (avril 2019∼ juillet 2020). Pendant cette période, la Covid-19 a commencé et par malchance, je l’ai attrapée : j’ai perdu le goût et l’odorat et j'ai été sur le point d’avoir aussi une pneumonie. Mais, malgré beaucoup de difficultés, j’ai pu me débrouiller pour finir ce travail. J’ai commencé la troisième série à Paris “ Femmes âgées” en 2020 à partir de novembre. J’avais du mal à créer parce que c’était la période du confinement : je peignais tous les jours chez moi dans un tout petit espace. C’est difficile de changer de technique pour chaque série mais c’est ce que je cherche à tout prix. Finalement, cela m’a pris 6 mois pour finir ce travail (jusqu’ au mois d'avril 2021). Après cela, un critique d’art français qui s’appelle Christian Noorbergen est venu chez moi pour voir mes tableaux. Les tableaux lui ont plu, et il a écrit un article sur moi dans la revue « Aralya » en août 2021.

DÉCLARATION DE L'ARTISTE

 

N’être (au sens « ne pas être ») ? 
 
Avant de naître, nous sommes morts depuis toujours et on le sera pour toujours par la suite. Donc notre ‘’Être’’ permanent est plutôt l’état de mort qui est temporairement interrompu à cause de la naissance. Naître dans ce monde, c’est entrer dans un état anormal qui s’appelle la vie. Qu’est-ce qu’on y fait, pour qui et dans quel but ? Alors qu’on y laissera tout ce qu’on aura acquis à la fin de ce parcourt éphémère ; est-ce une récompense ou une punition ? Qu’est-ce que l’humanité et quel est le rôle des femmes là-dedans ?  Sont-elles condamnées à faire continuer ce relais énigmatique de « N’être » ? Ces questions sont aussi mondiales que personnelles. Bien sûr, il n’y a pas une réponse et à chacun(e) ses réponses.          
 
Le 8 Mars sera la journée internationale de la Femme, j’'espère que cette exposition vous donnera l'occasion d'y réfléchir…

 

 

FORMATION

Née au Japon en 1978
 
A commencé son activité artistique à l'âge de 32 ans.
A étudié une technique de peinture de portrait avec le professeur Toru Shin.
2016 Octobre-Décembre : Autorisation de copiste (musée du Louvre).
 

 

EXPOSITIONS

 

" Renaissance d'une femme ", galerie de Thorigny, mars-avril 2022, Paris, France.

" S'abandonner à l'essentiel ", galerie 55Bellechasse, novembre-décembre 2021, Paris, France.


"Je suis une Japonaise", septembre 2018, galerie In)(between, Paris, France : deuxième exposition personnelle, dans le cadre de "L'année du Japon en France", célébrant les 160 ans d'amitié entre les deux pays.

" 18 portraits de soldats " - 70 ans après la guerre : première exposition personnelle à Fukuoka présentant une série de portraits de soldats. L'exposition a tourné dans deux maisons de la culture et dans un centre culturel municipal.    

Juillet 2015 (maison de la culture) - Yukuhashi, Fukuoka, Japon,

Septembre 2015 (maison de la culture) - Chikuzenmachi, Fukuoka,


Japon, Novembre 2015 (centre culturel municipal), Fukuoka, Japon.

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EXPOSITIONRina MARUYAMA crée RENAISSANCE D'UNE FEMME

 

« Corps de ciel, corps en apesanteur, corps-univers. Jeune artiste venue du Japon, Rina Maruyana, parisienne d’adoption, propose une très riche vision renouvelée de l’humain. Spiritualisée, densifiée et comme en apesanteur, la chair sacralisée se détache pudiquement, et fièrement, de l’étendue. Elle règne en plénitude. En infinitude.
La sagesse d’Asie étreint du dedans ses somptueuses nudités. Empreintes d’une autre pensée, quand c’est le corps qui déclenche des pensées, et oxygène au profond le mental. Les corps peints de Rina Maruyana, sur fond d’insondable espace, sont autant de repères d’âme, aux confins de tous les attendus charnels. Ses corps, toujours en position statuaire, sont en situation dominante. Ils règnent en majesté charnelle. Ils portent la contemplation jusqu’au bord aigu de l’infini. 
Le corps d’apparat est un corps factice, fabriqué de toutes pièces culturelles, imposé et dogmatique. Le corps maruyanesque est vécu, vital et habité. Il est demeure d’universelle humanité. Corporéité marquée d’abstraction sensuelle, et riche de chaude épaisseur vitale. Le corps d’apparence est fantôme d’éternité. Le corps peint des peintres est corps d’ultime résistance, corps d’indispensable vérité. Le corps des profondeurs n’a pas voix au chapitre léger des apparences. 
Le corps, distingué du paysage, incarne une sorte de rupture symbolique du cordon ombilical, la possibilité de vivre sans attache, dans l’autonomie d’une relation de maîtrise existentielle. Cette séparation première suppose la capacité d’accueil de l’altérité intracorporelle. L’artiste, comme le pharaon défunt s’auto-engendrait pour l’éternité de sa renaissance, recrée son corps par le processus de création, comme il recrée le paysage charnel de sa vie rêvée. 
L’oeuvre de Rina Maruyana démontre l’impérieuse nécessité du dépouillement pictural. Et le regard enfin s’abandonne à l’essentiel. »

Christian Noorbergen, le 26 juillet 2021

Critique d’art et conférencier